En novembre 2025, je suis parti onze jours en Géorgie. Un ami m'hébergeait le premier et le dernier week-end à Tbilissi, et pendant les cinq jours de la semaine, j'ai pris un lit en auberge de jeunesse pour bouger tout seul. Dès l'atterrissage, le voyage a commencé par une bonne heure d'attente au contrôle des passeports. Pour rejoindre le centre-ville sans mauvaise surprise, j'ai directement commandé une course sur Bolt en évitant les bureaux de change aux taux abusifs de l'aéroport. J'avais aussi activé une eSIM locale avec internet illimité pour quelques euros sur mon téléphone, indispensable pour s'orienter et communiquer : les jeunes parlent parfois un peu anglais, mais dès qu'on s'adresse aux personnes plus âgées, tout se passe en russe (lorsqu'on parle pas géorgien).
Mon ami m'a fait faire le tour de la capitale pour commencer. Comme j'aime beaucoup l'architecture soviétique, c'était vraiment super : l'ancien musée d'archéologie, le bâtiment de la Bank of Georgia, et ces grands ensembles résidentiels d'époque. C'est là que j'ai découvert une particularité locale : beaucoup d'ascenseurs sont payants, généralement pour quelques centimes. Dans les plus modernes, il y a un lecteur de carte bancaire, alors que dans les plus anciens, il faut glisser une pièce de monnaie directement dans un boîtier à l'intérieur de la cabine pour que l'appareil démarre.
On est aussi allés voir les fameuses tours d'habitation de Nutsubidze, reliées entre elles dans le vide par de longues passerelles métalliques. L'ascenseur ici était encore plus archaïque, trop vieux même pour avoir un monnayeur automatique. En réalité, il fallait payer en bas auprès de la gardienne de l'immeuble. Comme c'était le soir, il faisait très sombre et la dame était un peu cachée dans son coin, si bien qu'on ne l'avait absolument pas vue en passant. Elle s’est vraiment énervée en voyant qu’on n’avait pas payé. On s'est empressés de lui donner les quelques pièces demandées. C’est la seule personne désagréable que j’ai croisée pendant le séjour. Les autres ont été vraiment accueillants.
Un peu plus loin, on est montés aux Chroniques de Géorgie : d'immenses piliers noirs sculptés qui surplombent un grand réservoir d'eau, une œuvre monumentale et hyper impressionnante. La journée s'est terminée sur l'avenue Roustavéli autour de mon tout premier khatchapouri traditionnel, un pain fourré au fromage chaud très populaire.
Le lundi, j'ai commencé ma semaine en solo. Pour circuler en ville, le métro et les bus sont très pratiques, payables direct en sans-contact pour une cinquantaine de centimes. Pour aller au mont Didgori (1 640 m), un site magnifique et isolé avec de gigantesques épées de métal plantées dans l'herbe pour commémorer une ancienne bataille, j'ai trouvé un chauffeur indépendant avec qui le courant est tout de suite passé. Il roulait très bien et il était d'une gentillesse incroyable. Sur la route, il m'a fait découvrir l'eau gazeuse Borjomi, dont le goût salé et minéral est devenu ma boisson quotidienne. On s'entendait tellement bien qu'après m'avoir ramené à Tbilissi dans l'après-midi, on est allés manger ensemble au McDonald's. Il m'expliquait que le McDo avait une place très importante pour les Géorgiens et qu'il était bien meilleur qu'ailleurs, préparé avec des pommes de terre locales. Véridique ou non, c'est vrai qu'il était particulièrement bon.
Le soir, retour dans le Vieux Tbilissi pour tester mes premiers khinkalis. Il y a tout un rituel pour les manger : on les prend avec les doigts par la queue en pâte épaisse, on croque un petit bout pour aspirer le bouillon brûlant à l'intérieur — surtout sur ceux à la viande —, puis on mange le reste en laissant la queue dans l'assiette. J'ai surtout adoré ceux au fromage, fondants et délicieux. À table, l'addition ne dépassait presque jamais dix euros à trois, boissons comprises.
Le lendemain, je suis monté vers le nord dans le Caucase. La route militaire géorgienne longe les eaux turquoise du réservoir de Zhinvali avant d'atteindre la forteresse médiévale d'Ananouri (800 m), adossée aux premiers contreforts montagneux.
Plus haut, le paysage bascule sous la neige à l'approche de Goudaouri (2 200 m). C'est là que j'ai goûté le khatchapouri d'Adjarie, en forme de barque avec son œuf coulant et son beurre fondu : mon plat préféré du séjour. Au col, le grand monument de l'amitié russo-géorgienne surplombe un gouffre vertigineux au milieu des parois rocheuses.
Au terminus de la route, on atteint Stepantsminda et la célèbre église de Guerguéti, perchée à 2 170 mètres face au mont Kazbek (5 054 m). Les petits minibus roulaient à tombeau ouvert sur des routes verglacées sans glissières de sécurité, le téléphone à la main et sans ceinture, ce qui donnait quelques sueurs froides. Mais en haut, j'ai eu la chance d'assister à un vrai mariage traditionnel géorgien. En rentrant le soir en ville, je suis tombé sur des musiciens qui jouaient des morceaux traditionnels comme Gandagana dans la rue.
Les jours suivants, j'ai continué à explorer la ville et ses environs. J'ai adoré Betlemi Rise, un vieil escalier qui grimpe au-dessus des toits du Vieux Tbilissi, au calme, avec une superbe vue d'ensemble et plein de chats de rue très propres qui viennent réclamer des caresses, avant de rejoindre la grande statue de la Mère de la Géorgie. Mais mon véritable coup de cœur du voyage, c'est la forteresse d'Azeoula à Kojori (1 350 m), que j'avais simplement repérée au hasard sur Google Maps. La forteresse est isolée, tout en haut d’un pic rocheux. Il n'y avait absolument personne, aucun touriste, juste un berger avec ses vaches, un vent glacial et un silence total face aux montagnes. Les ruines dominent toute la vallée, et les couleurs au coucher du soleil rendaient le décor presque irréel. C'était tellement paisible que j'y suis resté jusqu'au dernier moment, rattrapant de justesse le tout dernier bus local pour regagner Tbilissi.
J'ai aussi pris le temps de visiter des sites plus connus : le monastère de Djvari, Mtskheta où j'ai acheté des épices locales, la cité troglodytique d'Ouplistsikhé avec ses anciennes salles taillées dans la falaise, et Gori (600 m), la ville natale de Staline, où son train blindé et son musée sont restés figés dans le temps.
Ce qui m'a le plus marqué au quotidien, c'est l'entraide des locaux. Vers la tour de l'horloge Gabriadze, la lanière de mon sac à dos a lâché net. Un passant s'est immédiatement arrêté pour m'aider à bricoler une solution temporaire, puis il m'a montré sur Google Maps un endroit précis où trouver des ateliers d'artisans. En m'y rendant et en baragouinant en russe, je suis tombé dans des sous-sols sur une couturière qui m'a recousu et renforcé le sac en dix minutes pour à peine un euro.
À la fin du séjour, j’ai retrouvé un ami rencontré dans le bus pour Gori. On est montés en haut du mont Mtatsminda, la colline qui surplombe toute la ville. Il m'a emmené déguster les beignets typiques de Tbilissi, avec une vue plongeante sur la vallée et la grande cathédrale Sameba magnifiquement éclairée dans la nuit.
J'ai vraiment adoré la Géorgie. Entre l'architecture soviétique, les vieux quartiers, la bouffe incroyable et l'accueil des gens, c'est simple : ça reste le meilleur pays que j'ai visité jusqu'à présent.
Carnet de terrain
08 fiches pratiques
10 jours en Géorgie : conseils pratiques, budget & vigilance
Mes tips pour préparer son départ : arrivée, budget réel, mobilité urbaine, télécoms, sécurité et retours d'expérience vérifiés sur place.
10 jours en Géorgie : conseils pratiques, budget & vigilance
Mes tips pour préparer son départ : arrivée, budget réel, mobilité urbaine, télécoms, sécurité et retours d'expérience vérifiés sur place.
Arrivée & Devises
- Aéroport : Compter environ 1h au contrôle des passeports. Refuser impérativement les rabatteurs de taxis à la sortie, dont les tarifs sont gonflés.
- Change de devises : Éviter les bureaux de change de l'aéroport (commissions et taux très défavorables). Préférer les bureaux du centre-ville de Tbilissi, bien plus avantageux.
- Paiements par carte : Utilisation d'une carte sans frais à l'international (ex. Revolut) : zéro frais de change sur les transactions et assistance voyage.
- Espèces d'appoint : Conserver toujours quelques pièces (lari et tétris) : toilettes publiques souvent payantes (~1 GEL) et certains ascenseurs d'immeubles résidentiels équipés de monnayeurs (~20 tétris).
Transports & Mobilité
- VTC & Taxis : Privilégier les applications Bolt (idéal pour planifier à l'avance) ou Yandex Go (souvent les tarifs les plus bas).
- Bus & Métro : Remarquablement simples et économiques. Paiement sans contact direct par carte bancaire ou téléphone (Apple/Google Pay) aux valideurs. Trajet à ~50 centimes d'euro (~1,50 GEL).
- Correspondance 1h30 offerte : Tout nouveau transport emprunté dans les 90 minutes suivant la première validation n'est pas redébité.
- Passages piétons : Rares dans certains quartiers ; les souterrains imposent de réels détours. Traverser hors des clous expose à des verbalisations immédiates.
Internet & eSIM
- eSIM locale Silknet : Formule la plus rentable testée : achat d'un numéro local pour 10 GEL (~3 €), combiné à un forfait données illimitées 7 jours pour 9 GEL (~2,80 €).
- Budget total : Environ 6 € pour une semaine de data illimitée avec une excellente couverture 4G/5G, y compris en montagne.
- Astuce d'activation : En cas de difficulté lors de la validation dans l'application mobile, finaliser la souscription directement sur le site web de l'opérateur.
Langue & Échanges
- Anglais : Loin d'être parlé partout. Assez bien maîtrisé par la jeune génération à Tbilissi, mais très rare chez les aînés et hors de la capitale.
- Russe : Reste la langue véhiculaire la plus répandue et comprise par la majorité des habitants pour se débrouiller au quotidien.
Quelques mots de courtoisie en géorgien (Gamarjoba pour bonjour, Madloba pour merci) font toujours plaisir aux locaux.
Gastronomie & Table
- Coût de la vie : La nourriture est généreuse, savoureuse et très abordable. On peut faire d'excellents repas traditionnels complets pour seulement quelques euros.
- Viande par défaut : Le porc est quasi systématiquement la viande servie par défaut. Si vous n'en consommez pas, pensez impérativement à demander la composition avant de commander.
À tester absolument : les khinkalis (raviolis au bouillon), le khatchapouri adjaruli (pain au fromage et œuf) et l'eau minérale salée Borjomi.
Excursions & Itinéraires
- Plateformes d'excursions : GetYourGuide s'avère particulièrement efficace et économique pour explorer le pays sans louer de véhicule.
- Kazbegi & Haut-Caucase : Environ 20 € l'aller-retour à la journée avec guide anglophone, incluant des arrêts panoramiques et dégustations locales (vins, miels).
- Autres étapes clés : Même formule recommandée pour visiter Gori, la cité troglodytique d'Ouplistsikhé et la cité historique de Mtskheta.
Vigilance & Précautions
- Sécurité routière : Ceintures souvent absentes à l'arrière des taxis et conduite parfois très agressive ou rapide, même sur les routes verglacées et escarpées de montagne.
- Parlement de Tbilissi la nuit : Éviter les abords directs du Parlement après le coucher du soleil. Les caméras à reconnaissance faciale peuvent vous assimiler à des manifestations et entraîner des sanctions à la douane ou une interdiction de territoire.
- Arnaque aux oiseaux : Aux points de vue (Chroniques de Géorgie, Mère Géorgie), des démarcheurs posent d'office un rapace ou perroquet sur votre épaule avant d'exiger agressivement 20 GEL (~7 €). Décliner fermement d'entrée.
Bilan & Impressions
- Hospitalité & Fierté : Les Géorgiens sont extrêmement bienveillants, chaleureux et profondément patriotes (drapeaux nationaux déployés partout).
- Sûreté globale : Une présence policière visible et rassurante dans tout le pays. Sentiment de sécurité constant et paisible dans les rues.
- Richesse des paysages : Contraste remarquable entre modernité urbaine, vestiges soviétiques, vallées verdoyantes et sommets enneigés du Caucase.
- Budget maîtrisé : L'une des destinations les plus accessibles pour les voyageurs indépendants.