02 /Voyages

Voyages en solo.

Notes de route, décisions sur le terrain et photographies. Apprendre à s'organiser, décider seul et trouver des solutions en totale autonomie.

Récits & carnets de bord

04 carnets & récits
01 2025

Géorgie

11 jours entre Tbilissi et le Caucase, jusqu'à la frontière de la Russie. Minibus lancés sur les cols verglacés vers Kazbegi, architecture soviétique, sites monastiques et rencontres avec les locaux.

Caucase · 11 jours Lire le récit
02 2026

Transnistrie

Incursion dans ce territoire non reconnu coincé le long du Dniestr. Interrogatoire à la frontière, absence totale de réseau et immersion dans une enclave figée à l'époque de l'URSS.

Europe de l'Est Lire le récit
03 2026

Roumanie

Exploration du nord-est roumain, des rues de Iași aux sommets des Carpates orientales. Ascension du mont Ceahlău jusqu'au pic Toaca, forêts denses et villages reculés.

Europe de l'Est · Carnet à venir Prochainement
04 2026

Moldavie

Immersion à Chișinău, marchés populaires, ambiance post-soviétique et quotidien dans le pays le moins visité d'Europe.

Europe de l'Est · Carnet à venir Prochainement

Récit 01 · Novembre 2025

Géorgie.

Durée
11 jours
Période
Novembre 2025
Sommaire des récits

En novembre 2025, je suis parti onze jours en Géorgie. Un ami m'hébergeait le premier et le dernier week-end à Tbilissi, et pendant les cinq jours de la semaine, j'ai pris un lit en auberge de jeunesse pour bouger tout seul. Dès l'atterrissage, le voyage a commencé par une bonne heure d'attente au contrôle des passeports. Pour rejoindre le centre-ville sans mauvaise surprise, j'ai directement commandé une course sur Bolt en évitant les bureaux de change aux taux abusifs de l'aéroport. J'avais aussi activé une eSIM locale avec internet illimité pour quelques euros sur mon téléphone, indispensable pour s'orienter et communiquer : les jeunes parlent parfois un peu anglais, mais dès qu'on s'adresse aux personnes plus âgées, tout se passe en russe (lorsqu'on parle pas géorgien).

Mon ami m'a fait faire le tour de la capitale pour commencer. Comme j'aime beaucoup l'architecture soviétique, c'était vraiment super : l'ancien musée d'archéologie, le bâtiment de la Bank of Georgia, et ces grands ensembles résidentiels d'époque. C'est là que j'ai découvert une particularité locale : beaucoup d'ascenseurs sont payants, généralement pour quelques centimes. Dans les plus modernes, il y a un lecteur de carte bancaire, alors que dans les plus anciens, il faut glisser une pièce de monnaie directement dans un boîtier à l'intérieur de la cabine pour que l'appareil démarre.

On est aussi allés voir les fameuses tours d'habitation de Nutsubidze, reliées entre elles dans le vide par de longues passerelles métalliques. L'ascenseur ici était encore plus archaïque, trop vieux même pour avoir un monnayeur automatique. En réalité, il fallait payer en bas auprès de la gardienne de l'immeuble. Comme c'était le soir, il faisait très sombre et la dame était un peu cachée dans son coin, si bien qu'on ne l'avait absolument pas vue en passant. Elle s’est vraiment énervée en voyant qu’on n’avait pas payé. On s'est empressés de lui donner les quelques pièces demandées. C’est la seule personne désagréable que j’ai croisée pendant le séjour. Les autres ont été vraiment accueillants.

Un peu plus loin, on est montés aux Chroniques de Géorgie : d'immenses piliers noirs sculptés qui surplombent un grand réservoir d'eau, une œuvre monumentale et hyper impressionnante. La journée s'est terminée sur l'avenue Roustavéli autour de mon tout premier khatchapouri traditionnel, un pain fourré au fromage chaud très populaire.

Le lundi, j'ai commencé ma semaine en solo. Pour circuler en ville, le métro et les bus sont très pratiques, payables direct en sans-contact pour une cinquantaine de centimes. Pour aller au mont Didgori (1 640 m), un site magnifique et isolé avec de gigantesques épées de métal plantées dans l'herbe pour commémorer une ancienne bataille, j'ai trouvé un chauffeur indépendant avec qui le courant est tout de suite passé. Il roulait très bien et il était d'une gentillesse incroyable. Sur la route, il m'a fait découvrir l'eau gazeuse Borjomi, dont le goût salé et minéral est devenu ma boisson quotidienne. On s'entendait tellement bien qu'après m'avoir ramené à Tbilissi dans l'après-midi, on est allés manger ensemble au McDonald's. Il m'expliquait que le McDo avait une place très importante pour les Géorgiens et qu'il était bien meilleur qu'ailleurs, préparé avec des pommes de terre locales. Véridique ou non, c'est vrai qu'il était particulièrement bon.

Le soir, retour dans le Vieux Tbilissi pour tester mes premiers khinkalis. Il y a tout un rituel pour les manger : on les prend avec les doigts par la queue en pâte épaisse, on croque un petit bout pour aspirer le bouillon brûlant à l'intérieur — surtout sur ceux à la viande —, puis on mange le reste en laissant la queue dans l'assiette. J'ai surtout adoré ceux au fromage, fondants et délicieux. À table, l'addition ne dépassait presque jamais dix euros à trois, boissons comprises.

Le lendemain, je suis monté vers le nord dans le Caucase. La route militaire géorgienne longe les eaux turquoise du réservoir de Zhinvali avant d'atteindre la forteresse médiévale d'Ananouri (800 m), adossée aux premiers contreforts montagneux.

Plus haut, le paysage bascule sous la neige à l'approche de Goudaouri (2 200 m). C'est là que j'ai goûté le khatchapouri d'Adjarie, en forme de barque avec son œuf coulant et son beurre fondu : mon plat préféré du séjour. Au col, le grand monument de l'amitié russo-géorgienne surplombe un gouffre vertigineux au milieu des parois rocheuses.

Au terminus de la route, on atteint Stepantsminda et la célèbre église de Guerguéti, perchée à 2 170 mètres face au mont Kazbek (5 054 m). Les petits minibus roulaient à tombeau ouvert sur des routes verglacées sans glissières de sécurité, le téléphone à la main et sans ceinture, ce qui donnait quelques sueurs froides. Mais en haut, j'ai eu la chance d'assister à un vrai mariage traditionnel géorgien. En rentrant le soir en ville, je suis tombé sur des musiciens qui jouaient des morceaux traditionnels comme Gandagana dans la rue.

Les jours suivants, j'ai continué à explorer la ville et ses environs. J'ai adoré Betlemi Rise, un vieil escalier qui grimpe au-dessus des toits du Vieux Tbilissi, au calme, avec une superbe vue d'ensemble et plein de chats de rue très propres qui viennent réclamer des caresses, avant de rejoindre la grande statue de la Mère de la Géorgie. Mais mon véritable coup de cœur du voyage, c'est la forteresse d'Azeoula à Kojori (1 350 m), que j'avais simplement repérée au hasard sur Google Maps. La forteresse est isolée, tout en haut d’un pic rocheux. Il n'y avait absolument personne, aucun touriste, juste un berger avec ses vaches, un vent glacial et un silence total face aux montagnes. Les ruines dominent toute la vallée, et les couleurs au coucher du soleil rendaient le décor presque irréel. C'était tellement paisible que j'y suis resté jusqu'au dernier moment, rattrapant de justesse le tout dernier bus local pour regagner Tbilissi.

J'ai aussi pris le temps de visiter des sites plus connus : le monastère de Djvari, Mtskheta où j'ai acheté des épices locales, la cité troglodytique d'Ouplistsikhé avec ses anciennes salles taillées dans la falaise, et Gori (600 m), la ville natale de Staline, où son train blindé et son musée sont restés figés dans le temps.

Ce qui m'a le plus marqué au quotidien, c'est l'entraide des locaux. Vers la tour de l'horloge Gabriadze, la lanière de mon sac à dos a lâché net. Un passant s'est immédiatement arrêté pour m'aider à bricoler une solution temporaire, puis il m'a montré sur Google Maps un endroit précis où trouver des ateliers d'artisans. En m'y rendant et en baragouinant en russe, je suis tombé dans des sous-sols sur une couturière qui m'a recousu et renforcé le sac en dix minutes pour à peine un euro.

À la fin du séjour, j’ai retrouvé un ami rencontré dans le bus pour Gori. On est montés en haut du mont Mtatsminda, la colline qui surplombe toute la ville. Il m'a emmené déguster les beignets typiques de Tbilissi, avec une vue plongeante sur la vallée et la grande cathédrale Sameba magnifiquement éclairée dans la nuit.

J'ai vraiment adoré la Géorgie. Entre l'architecture soviétique, les vieux quartiers, la bouffe incroyable et l'accueil des gens, c'est simple : ça reste le meilleur pays que j'ai visité jusqu'à présent.

Vidéo du voyage · 11 jours en Géorgie
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Carnet de terrain 08 fiches pratiques

10 jours en Géorgie : conseils pratiques, budget & vigilance

Mes tips pour préparer son départ : arrivée, budget réel, mobilité urbaine, télécoms, sécurité et retours d'expérience vérifiés sur place.

Notes pratiques issues de 11 jours de terrain (Tbilissi, Didgori, Gudauri, Kazbegi, Gori).

Arrivée & Devises

01 · Logistique
  • Aéroport : Compter environ 1h au contrôle des passeports. Refuser impérativement les rabatteurs de taxis à la sortie, dont les tarifs sont gonflés.
  • Change de devises : Éviter les bureaux de change de l'aéroport (commissions et taux très défavorables). Préférer les bureaux du centre-ville de Tbilissi, bien plus avantageux.
  • Paiements par carte : Utilisation d'une carte sans frais à l'international (ex. Revolut) : zéro frais de change sur les transactions et assistance voyage.
  • Espèces d'appoint : Conserver toujours quelques pièces (lari et tétris) : toilettes publiques souvent payantes (~1 GEL) et certains ascenseurs d'immeubles résidentiels équipés de monnayeurs (~20 tétris).

Transports & Mobilité

02 · Réseau
  • VTC & Taxis : Privilégier les applications Bolt (idéal pour planifier à l'avance) ou Yandex Go (souvent les tarifs les plus bas).
  • Bus & Métro : Remarquablement simples et économiques. Paiement sans contact direct par carte bancaire ou téléphone (Apple/Google Pay) aux valideurs. Trajet à ~50 centimes d'euro (~1,50 GEL).
  • Correspondance 1h30 offerte : Tout nouveau transport emprunté dans les 90 minutes suivant la première validation n'est pas redébité.
  • Passages piétons : Rares dans certains quartiers ; les souterrains imposent de réels détours. Traverser hors des clous expose à des verbalisations immédiates.

Internet & eSIM

03 · Télécoms
  • eSIM locale Silknet : Formule la plus rentable testée : achat d'un numéro local pour 10 GEL (~3 €), combiné à un forfait données illimitées 7 jours pour 9 GEL (~2,80 €).
  • Budget total : Environ 6 € pour une semaine de data illimitée avec une excellente couverture 4G/5G, y compris en montagne.
  • Astuce d'activation : En cas de difficulté lors de la validation dans l'application mobile, finaliser la souscription directement sur le site web de l'opérateur.

Langue & Échanges

04 · Contact
  • Anglais : Loin d'être parlé partout. Assez bien maîtrisé par la jeune génération à Tbilissi, mais très rare chez les aînés et hors de la capitale.
  • Russe : Reste la langue véhiculaire la plus répandue et comprise par la majorité des habitants pour se débrouiller au quotidien.

Quelques mots de courtoisie en géorgien (Gamarjoba pour bonjour, Madloba pour merci) font toujours plaisir aux locaux.

Gastronomie & Table

05 · Repas
  • Coût de la vie : La nourriture est généreuse, savoureuse et très abordable. On peut faire d'excellents repas traditionnels complets pour seulement quelques euros.
  • Viande par défaut : Le porc est quasi systématiquement la viande servie par défaut. Si vous n'en consommez pas, pensez impérativement à demander la composition avant de commander.

À tester absolument : les khinkalis (raviolis au bouillon), le khatchapouri adjaruli (pain au fromage et œuf) et l'eau minérale salée Borjomi.

Excursions & Itinéraires

06 · Expéditions
  • Plateformes d'excursions : GetYourGuide s'avère particulièrement efficace et économique pour explorer le pays sans louer de véhicule.
  • Kazbegi & Haut-Caucase : Environ 20 € l'aller-retour à la journée avec guide anglophone, incluant des arrêts panoramiques et dégustations locales (vins, miels).
  • Autres étapes clés : Même formule recommandée pour visiter Gori, la cité troglodytique d'Ouplistsikhé et la cité historique de Mtskheta.

Vigilance & Précautions

07 · Alerte
  • Sécurité routière : Ceintures souvent absentes à l'arrière des taxis et conduite parfois très agressive ou rapide, même sur les routes verglacées et escarpées de montagne.
  • Parlement de Tbilissi la nuit : Éviter les abords directs du Parlement après le coucher du soleil. Les caméras à reconnaissance faciale peuvent vous assimiler à des manifestations et entraîner des sanctions à la douane ou une interdiction de territoire.
  • Arnaque aux oiseaux : Aux points de vue (Chroniques de Géorgie, Mère Géorgie), des démarcheurs posent d'office un rapace ou perroquet sur votre épaule avant d'exiger agressivement 20 GEL (~7 €). Décliner fermement d'entrée.

Bilan & Impressions

08 · Retours
  • Hospitalité & Fierté : Les Géorgiens sont extrêmement bienveillants, chaleureux et profondément patriotes (drapeaux nationaux déployés partout).
  • Sûreté globale : Une présence policière visible et rassurante dans tout le pays. Sentiment de sécurité constant et paisible dans les rues.
  • Richesse des paysages : Contraste remarquable entre modernité urbaine, vestiges soviétiques, vallées verdoyantes et sommets enneigés du Caucase.
  • Budget maîtrisé : L'une des destinations les plus accessibles pour les voyageurs indépendants.

Récit 02 · Juin 2026

Transnistrie.

Durée
Court séjour
Période
Fin juin 2026
Sommaire des récits

Fin juin, après la Roumanie et la Moldavie, j’ai continué mon voyage en solo jusqu’en Transnistrie, une enclave russophone coincée le long du fleuve Dniestr que presque aucun pays ne reconnaît.

La situation historique est assez surréaliste : quand l'Union soviétique s'est effondrée, les locaux ont tout simplement refusé de la quitter. Plus de trente ans après, ils ont gardé le drapeau, la faucille, le marteau et les troupes russes. Comme j’aime beaucoup la culture slave, j’avais envie de voir les traces de l’époque soviétique sur place.

À la gare routière de Chișinău, j’ai pris une marchroutka, ces vieux minibus collectifs auxquels j'étais déjà bien habitué depuis la Roumanie. Rien n'était écrit avec nos lettres sur les pare-brise, tout était uniquement en cyrillique. Heureusement que je savais le déchiffrer, sinon j'y serais encore.

À la ligne de démarcation, changement d'ambiance direct. Le passage ressemble à un véritable interrogatoire : les militaires veulent savoir si je suis journaliste, si je travaille pour un gouvernement, ce que je viens faire là et combien de temps je compte rester. Le pays n'existant officiellement pas, il n'y a aucun tampon sur le passeport, juste un petit ticket blanc d’immigration qu’il ne faut surtout pas perdre sous peine de gros ennuis à la sortie.

Passé le poste, le décor est planté : des postes de contrôle fortifiés, des installations militaires en béton, et des soldats réguliers de l'armée russe. J'en ai croisé un, kalachnikov à la main et assis sur la fenêtre, côté passager d'une vieille Lada cabossée qui roulait encore très bien. Impossible de faire plus cliché, sauf qu'ici c'est bien réel, et l'ambassade de France ne peut strictement rien faire si les choses se passent mal.

Pour franchir le Dniestr vers Bender, la marchroutka emprunte le pont surveillé par des blindés. Dès le pont traversé, je n’avais plus de connexion avec mon forfait moldave et mes cartes bancaires ne fonctionnaient pas. J’ai dû changer de l’argent pour récupérer des roubles locaux. Certaines pièces sont même en plastique composite. Pour me repérer, il fallait faire entièrement sans internet.

Tiraspol vit dans une contradiction totale. D’un côté, un décor soviétique figé dans les années 70 : des avenues presque désertes, des statues massives de Lénine le long de la rue du 25 Octobre, des bouteilles de vodka à moins d'un euro dans les épiceries, et une proximité troublante avec le conflit actuel, à seulement vingt kilomètres de la frontière ukrainienne. À la gare, des bus continuent de partir pour Moscou presque tous les jours, en faisant un détour gigantesque pour contourner l'Ukraine fermée. De l'autre côté, tout ce communisme de façade appartient en réalité à une seule entreprise privée : le groupe Sheriff. Fondé par d'anciens agents du KGB, ce conglomérat possède littéralement le pays, les stations-service, les supermarchés, le réseau mobile, la chaîne de télé et le club de foot local.

En marchant en ville, l'ambiance oscille entre deux mondes. D'un côté, des Mercedes des années 90 garées devant des stations de lavage avec des affiches sorties tout droit de l'imaginaire des voyous d'Europe de l'Est (« Si l'habitacle est sale, on passe l'aspirateur. À qui est la mallette dans le coffre ? »). De l'autre, des clins d'œil partout aux vieux dessins animés de l'Est, avec des statues cultes comme le loup de Nu, pogodi ! ou Tchebourachka avec Gena. J'en ai profité pour goûter mes premiers vrais pelmenis maison, avec une bouteille de Bouratino, une limonade rétro très populaire de l'époque soviétique avec son goût de bonbon.

Au retour, j’ai encore eu une petite galère à la gare routière. Mon moment le plus flippant n'était même pas face aux armes à la frontière, mais devant la guichetière. C'était une vraie babouchka soviétique au regard d'acier. Mon russe était bancal, mon téléphone n'avait pas d'internet pour traduire, et ça l'énervait royalement. J'ai vraiment cru qu'elle allait me fusiller sur place avec ses yeux. Je venais surtout pour les traces de l’époque soviétique. Je me souviendrai aussi des contrôles à la frontière, des galères sans internet et de la guichetière du retour.

Le regard se prolonge dans les images.

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